Mercredi , 23 avril 2014

L’accès aux sites porno bientôt contrôlé en France ?

Le 6 Juillet dernier, le controversé Christian Vanneste (député UMP dans le département du Nord) a proposé sur son blog un projet de loi explosif qui va certainement faire jaser l’opinion publique. Il souhaite, entre autres, le contrôle de l’accès aux sites pornographiques afin que ces derniers ne soient plus accessibles par tous. Concrètement, il demande que les internautes aient recours à des autorisations auprès de leur FAI pour avoir accès à du contenu adulte.

L’homme est un habitué de la provocation, mais cette dernière bravade n’est à mon avis pas de vide de sens. Au-delà des relents ultra-cathos de ce type de réforme, le principe n’est peut-être pas idiot que ça… Cette annonce intervient d’ailleurs quelques mois après la libération de la terminaison de domaine .xxx qui devrait faciliter la visibilité des sites pornos en France.

Les contenus pornos sont omniprésents sur le web

Personne n’est dupe, la pornographie fait partie intégrante de la toile. Je dirais même qu’elle est incontournable et qu’il n’est pas rare de tomber inopinément sur un contenu à caractère sexuel sans avoir fait la démarche de le rechercher. Internet est un fantastique outil imprégné de liberté, mais qui n’épargne pas les contrecoups d’une absence de barrières qui laisse la porte ouverte au hors-piste. Le cul est le nerf de la vie et l’objet de toutes les convoitises, y compris chez les femmes (40 % des consommateurs selon un sondage IFOP de 2009). Le web s’en est donc emparé de ce filon juteux, et plus encore, est devenu le vecteur majeur du sexe hardcore.

Les chiffres font froids dans le dos. Selon Yuval Ben Itzhak, directeur technique du spécialiste de la sécurité internet Finjan en Californie estime qu’en 2009 : 12 % des sites web étaient à caractère porno et que plus de 25 % des requêtes effectuées dans les moteurs de recherche étaient à connotation sexuelle. On peut ajouter à cela que 35 % des téléchargements annuels correspondent à des séquences vidéos pornos ou à des films de même nature ; 266 sites pornos sont créés tous les jours sont dans le monde ; 89 % du contenu X est généré à partir des Etats-Unis… Le porno sur internet génèrerait plus de 95 Milliards de dollars par an. Le sexe désarme toutes les crises (et pas seulement dans un couple !).

Ambition majeur de la proposition : protéger les enfants

De nos jours, tous les enfants ont accès à internet et de surcroit à des contenus pornographiques. Evidemment des outils existent pour empêcher cela, c’est ce qu’on appelle des logiciels de contrôle parental. Mais combien de parents y ont réellement recours ? De plus, il faut bien admettre que ces programmes ne sont pas toujours efficaces, ajoutés au fait qu’ils sont rarement gratuits et donc moins accessibles. Par nature, les sites pornos demandent à chaque visite si l’internaute est majeur, mais aucune procédure fiable ne permet de vérifier cela. Les mineurs ont donc un accès aisé aux images pornographiques, parfois très trashs et choquantes.

Si certains extrémistes s’évertueront à dire que les enfants doivent être initiés au plutôt au sexe et à la levée des tabous, les plus raisonnables d’entre nous s’accorderont à dire que le visionnage d’image à caractère pornographique est susceptible de causer des troubles dans l’épanouissement de l’enfant. De nombreuses études corroborent le lien causal entre films et images pornographiques et la normalité de la sexualité du futur adulte. Si nombreux d’entre nous avons vu de la pornographie pendant notre plus jeune âge c’était dans un contexte d’interdit et en fréquence limitée. Les possibilités illimitées offertes par internet augmentent drastiquement cette fréquence et banalise la sexualité débridée. Aussi les jeunes filles d’aujourd’hui sont préoccupées par le fait de savoir faire correctement une fellation à un garçon. Eux-mêmes sont complexés par la longueur de leur sexe qu’ils comparent aux proportions délirantes de celui des acteurs pornos. Le sexe se détache de plus en plus des valeurs de « partage » et d’ « amour » pour se muer en symbole de compétition et d’individualisme propre à notre société.

Sur le fond, cette mesure préventive a but de réguler notre société ultra sexuée qui ne peut que perturber des jeunes qui s’interrogent sur leur sexualité. La méthode est-elle la bonne ?

Une mesure inapplicable

Cette mesure a-t-elle une chance d’être appliquée un jour ? C’est peu probable. Plusieurs obstacles importants risquent de se planter sur la route d’une légifération.

  • La première c’est la réticence des FAI à jouer le rôle de flic. Ces derniers ont mis beaucoup de temps à accepter les conditions de la riposte-graduée en France (Loi Hadopi), loi dont ils n’ont jamais été de chauds adhérents. Sans doute que le thème de la protection de l’enfance les rendront plus dociles, et encore, ce n’est pas sûr. En France, le cœur de métier des fournisseurs d’accès s’est toujours cantonné à du service pur et dur, et non à de la gestion comme l’aimerait le gouvernement. Ce dernier n’a d’ailleurs pas tort en leur demandant d’intervenir car ce sont ces derniers qui disposent directement des informations liées à ses abonnés. En ce qui concerne Hadopi, l’Etat a dû faire appel à une société privée pour effectuer les tâches de contrôle. Il est peu probable que les fournisseurs d’accès participent d’eux même à la création d’un droit d’accès au contenu pornographique.
  • Deuxième obstacle, 99 % des sites pornos sont hébergés dans des pays étrangers, notamment les Etats-Unis et l’Europe de l’Est. Il sera difficile à l’Etat de proclamer la censure de ces sites qui génèrent un  chiffre d’affaires colossal et qui se sont agglomérés autour d’un lobby très influent.
  • Troisième obstacle : le lobby de la neutralité du net. Sans ses apparences angéliques, le concept de neutralité du net est un prétexte à tous les débordements. La bien-pensance du web a largement profité à cette accélération du porno et des contenus pédophiles au cours de la décennie, sous prétextes libertaires. S’attaquer aux excès de l’industrie du porno, c’est contrôler la bulle internet et donc se mettre à dos la majorité des internautes, endormie par les « saintes paroles » des apôtres de la « neutralité du net ». Autrement dit, personne n’approuvera cette loi, même si le fond est louable. C’est encore plus désespéré depuis les révolutions arabes où l’on a voulu nous faire croire que les réseaux sociaux avaient participé à libérer ces pays du totalitarisme. Autant dire que la moindre touche de contrôle serait assimilée à une action fascisante.
  • Quatrième obstacle : la barrière technique. Même en y mettant de gros moyens, les mesures de filtrage sont rarement efficaces. Hadopi est la preuve de l’inefficacité de tels dispositifs. En effet, le réseau internet ne dispose pas de législation globale qui rend caduque toute prédisposition nationale dès lors qu’une information est stockée au-delà des frontières. Vous pouvez, par exemple, télécharger en toute tranquillité un MP3 illégal stocké sur un serveur situé dans un pays qui n’a pas d’accord avec la France (c’est-à-dire beaucoup !). Cela vaut aussi bien pour les images pornos qui pourraient être contrôlées via la loi mort-née de Christian Vanneste. On ne parle même pas de la démocratisation des serveurs proxy de type VPN qui deviennent de plus en plus abordables et fiables. Ces installations qui ne vous coûtent que quelques euros par mois, vous permettent d’outrepasser toutes barrières en vous reliant à un serveur installé dans un pays ayant adopté la neutralité du web (comme les Pays-Bas).

Une fois de plus, l’Etat se substitue aux parents

Finalement je passe beaucoup de temps à parler de la protection des enfants vis-à-vis des contenus pornos. Et si le moyen le plus efficace était que les parents prennent leurs responsabilités ? Ne serait-il pas plus simple que les parents condamnent l’accès de leur ordinateur à leurs enfants en bas-âge ? Un enfant de 6 ans a-t-il besoin d’aller sur internet tout seul ?

Par cette loi, le gouvernement cherche une fois de plus à se substituer aux parents. Ceci dit, je ne condamne pas les initiatives politiques, car elles interviennent souvent quand il y a une carence évidente et que les parents sont totalement soumis aux caprices de leur progéniture. Du coup, les élèves d’école primaire commencent à parler fellation et sodomie en cours de récréation. Est-ce acceptable ? Doit-on tout laisser faire sur internet sous prétexte de soi-disant liberté d’expression ? Les parents doivent-ils déléguer leur autorité à l’Etat ? Autant de questions qui ne manqueront pas de faire débat.

Thomas, pour le Online Chronicles

A propos de Thomas Loire

Créateur et responsable du webzine Citoyen360. Géographe de formation et chargé de communication de métier, j'apprécie parler de tout et n'importe quoi car il n'y a rien de plus doux et constructif que d'élargir ses horizons.

3 commentaires

  1. jE DEMANDERAIS SI CELA EST EN VOTRE POUVOIR, que tous les sites porno et
    homo, soient contrôlés et ne mettent pas des mineurs.
    Comment savoir dans un site s’il y a des mineurs, des moins de 18 ans ???
    On se fait prendre sans le savoir……………..
    C’est un problème.

  2. tres interessant, merci

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